jérémie scheidler

vidéaste | dramaturge | metteur en scène
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layla
à présent, je suis au fond du monde




CRÉATION EN JANVIER 2017 AU FESTIVAL LES RENCONTRES À L'ECHELLE — MARSEILLE


Écriture et dramaturgie : Arnaud Maïsetti & Jérémie Scheidler
Interprétation : Boutaïna El Fekkak


Lumières : Jean-Gabriel Valot
Musique : Jean-Kristoff Camps
Espace/Costumes : Magali Murbach
Vidéo : Jérémie Scheidler
Administration/Diffusion : Marie Nicolini


PARTENAIRES :
--- Le Vivat / Armentières
--- Le Studio des Arts Numériques / Alfortville
--- Le Relais Centre de recherche théâtrale / Auffay


CE PROJET S'INSCRIT DANS LE CADRE D'UN COMPAGNONNAGE (dispositif de la DGCA) AVEC DIEUDONNÉ NIANGOUNA / COMPAGNIE LES BRUITS DE LA RUE


Le texte de LAYLA, à présent je suis au fond du monde,
est publié aux éditions esse que


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Partir. Un matin, prendre la route. C’était il y a dix ans, une jeune fille s’en va. Elle n’a pas vingt ans, elle sort de chez elle. Elle ne dit rien à ses parents. Au hasard, elle prend un train. Ce n’est pas une fuite. Ce n'est pas un hasard. Un départ peut-être, mais sans but. Les médecins parleront plus tard de voyage pathologique, poseront des diagnostics, proposeront des traitements. Elle, elle dira simplement que pour la première fois, elle se savait vivante. Dans son voyage qui l’a conduit à Paris qu’elle découvre pour la première fois, chaque pas est une aventure, chaque rencontre surgit comme décisive dans cette naissance qui s’impose à elle.
gerhard richter, davos 

Écrire cette traversée d’une journée, cette affrontement au monde qu’on voudrait embrasser entièrement, cette plongée dans la ville hostile et en soi-même défiguré pour enfin trouver son visage, c’est retrouver la voix de Léila, cette jeune fille qui nous a confié son histoire, il y a dix ans. Il lui a fallu dix ans pour la raconter. Et il nous aura fallu dix ans pour s’en saisir, et l’écrire. 
À moi. L’histoire d’une de mes folies. Prendre la parole, écrire ce voyage, raconter cette histoire à distance du temps, c’est retrouver la trajectoire qui mène de la mort à la vie, c’est donner la parole à cette naissance, en traverser les blessures et les joies, immenses. Celles d’une identité qu’il faut inventer à chaque visage qu’on croise. 
Nous l’écrivons ensemble. Metteur en scène et auteur. Nous l’écrivons avec la voix de Léila déposée en nous comme un secret, ou comme un pacte. Celui qui lie la vie à l’insulte qu’on adresse au monde pour devenir vivant. Nous l’écrivons avec l’actrice qui dira les mots. Nous l’écrivons avec les folies qui nous peuplent. Avec la puissance de tous les départs. Avec ceux qui sont allés jusqu’au fond du monde, dans Aden comme auprès des Tarahumaras, pour trouver de quoi en finir avec l’identité pauvrement originelle ; ceux qui ont cherché à se donner naissance. 
Nous écrivons avec tout cela, c’est-à-dire contre nous-mêmes aussi : contre la volonté de donner origine à notre langue. Nous écrivons pour nous défaire de notre langue et de nos origines. Pour en trouver d'autres. Nous écrivons Layla pour ceux qui ne sont pas partis et ceux qui partent chaque jour. 
Au début, Léila nous dit que quelques jours avant de partir, elle gardait le silence, mais qu’à l’intérieur, elle hurlait. Nous écrivons le hurlement silencieux de nos vies jetées sur les routes furieuses de notre jeunesse.
Car le feu que l’on allume en soi nous vient toujours du dehors.

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Écoutons, la confession d'un compagnon d'enfer :
"Ô divin Époux, mon Seigneur, ne refusez pas la confession de la plus triste de vos servantes. Je suis perdue. Je suis soûle. Je suis impure. Quelle vie !
"Pardon, divin Seigneur, pardon ! Ah ! pardon ! Que de larmes ! Et que de larmes encor plus tard, j'espère !
"Plus tard, je connaîtrai le divin Époux ! Je suis née soumise à Lui. — L'autre peut me battre maintenant !
"À présent, je suis au fond du monde ! Ô mes amies !... non, pas mes amies... Jamais délires ni tortures semblables... Est-ce bête !
"Ah ! je souffre, je crie. Je souffre vraiment. Tout pourtant m'est permis, chargée du mépris des plus méprisables cœurs.
"Enfin, faisons cette confidence, quitte à la répéter vingt autres fois, — aussi morne, aussi insignifiante !

— "Délires I", Une Saison en enfer, Arthur Rimbaud

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