jérémie scheidler

vidéaste | dramaturge | metteur en scène
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eau sauvage


Texte : Valérie Mréjen
Mise en scène : Julien Fišera


Compagnie espace commun
CRÉATION MARS 2015 AU CDN DE BÉTHUNE


Avec : Bénédicte Cerutti


Dispositif vidéo & live: Jérémie Scheidler
Espace : Virginie Mira
Lumières : Kelig Le Bars
Costumes : Benjamin Moreau


Eau sauvage a été présenté dans une version courte
dans le cadre du Festival 360 les 20 et 22 juin 2013 au Nouveau Théâtre de Montreuil.


Je crois que je vais prendre une décision très grave, parce que maintenant ça commence à bien faire. À partir de demain, c'est terminé, je n'entendrai plus parler de vous. […] Si tu as un moment demain, téléphone moi, je serai content de t'entendre…

Eau Sauvage, Valérie Mréjen




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Pour Eau Sauvage, le travail "vidéoplastique" est celui d'une épure
de l'instrument qu'est le vidéoprojecteur.
Toutes sources numériques ou toutes images différées ont été supprimées.
La pièce devient alors une performance vidéo, en live, en complète
interaction avec la comédienne, seule devant moi.
La caméra au premier rang lance la boucle qui devient rapidement
un larsen vidéo, comme une aura qui entoure Bénedicte Cerutti.


C'est précisément ce travail sur l'aura qui a été à l'origine du larsen vidéo,
conçu en étroite collaboration avec les créations lumineuses et scénographiques.
Walter Benjamin parle de l’aura comme de ce qui est, dans le même temps,
et dans le même objet, à la fois le plus proche, et le plus lointain.
Devant une sculpture antique, comme la Victoire de Samothrace, je suis face à l’objet,
je peux le toucher, il a traversé les époques jusqu’à se rendre présent à moi, aujourd’hui.
En même temps, si je voulais véritablement comprendre dans quel contexte
cette œuvre a pu être réalisée, et quel regard pouvait être porté sur elle par les Grecs,
il faudrait que je sache ce que les Grecs mangeaient, que je connaisse leur langue,
leur quotidien, que je vive dans leur temps, pleinement.
Quelque chose d’essentiel dans l’œuvre, et qui a procédé à sa création,
me reste complètement étranger, lointain.
Voilà ce qu’est l’aura, ce quelque chose de tout à fait insaisissable
qui m’est donné dans le présent, dans un objet tangible.


Dans Eau Sauvage, le halo vivant qui entoure la comédienne,
qui bouge avec elle, qui l’éclaire et la dessine,
dont on sent bien qu’il a quelque rapport direct avec ses mouvements,
sans pour autant que soit résolue la question de sa nature véritable,
ce halo est la part des fantômes, c’est l’aura propre à l’écriture de Valérie Mréjen ici,
ou que cette écriture met singulièrement en jeu.
Ce n’est pas à proprement parler un double, qui serait alors la jeune narratrice,
ou, pire, l’incarnation mystérieuse du père-locuteur du texte,
c’est ce qui, dans l’écoute et la restitution par la fille de ces paroles,
appartient à un passé qui demeure, aux fantômes qui la peuplent.
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© simon gosselin
© simon gosselin
© simon gosselin
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